9 Pour tenter de mettre à l’épreuve des faits les différen- tes théories avancées à propos des nouveaux médias et de leur impact sur les sociétés arabes contemporaines, nous proposons, dans ce travail, de dresser une sorte de carto- graphie sociale, forcément provisoire comme on le verra, de l’information présente sur Internet au Liban. S’agis- sant d’un secteur d’activité très récent, puisque les pre- mières créations remontent à l’année 1996, il nous avait semblé envisageable, au départ, d’étudier en profondeur la trentaine de sites que les différents répertoires et mo- teurs de recherche spécialisés signalaient. En effet, il nous paraissait naturel de chercher à préciser qui, parmi les ac- teurs médiatiques reconnus, avait tenté de tirer parti des potentialités de ce nouvel outil de communication, et com- ment. Une fois ce premier travail effectué, on pouvait ima- giner passer à un autre type d’analyse, vis-à-vis de l’inter- prétation des stratégies et de leurs modalités d’applica- tion, des contenus informationnels véhiculés, des publics visés et effectivement concernés par cette nouvelle offre… Ce qui ne devait être qu’un simple repérage s’est avéré à l’expérience faire intégralement partie de la démarche analytique car, pour prétendre capter une image fidèle des acteurs présents dans le domaine de l’information en li- gne au Liban, il a fallu au préalable être en mesure de répondre à nombre d’interrogations. Celles-ci ont porté sur les modes de régulation des sites présents sur la toile (avec notamment la question relative à la protection de la propriété industrielle et celle de la censure), sur leur loca- lisation en raison du problème posé par l’enregistrement des noms de domaine au sein d’un réseau transfrontalier, et enfin sur leur véritable « qualification » par rapport au support éventuellement utilisé par le média d’origine et aux transformations de la notion d’information introdui- tes avec Internet. À l’issue de cet examen, on proposera une première série d’observation sur les données relatives aux fournis- seurs d’information en ligne au Liban (données présen- tées à la suite de ce texte). Globalement, force est de re- connaître  que  les  sites  libanais  fournisseurs  demeurent encore en nombre limité, et très inégalement répartis. En- suite, on s’aperçoit également que ce type de publication informatique reste, pour les acteurs venus des médias tra- ditionnels comme pour les nouveaux venus, une activité à la rentabilité très aléatoire. Dès lors, il n’est pas étonnant de constater que les contenus demeurent assez décevants. Toutefois, il apparaît que la langue utilisée par les créa- teurs de site met en évidence des options très différentes vis-à-vis de l’offre d’information sur Internet. Au point que l’on peut même imaginer que l’avenir de cette techni- que repose en grande partie sur les choix qui seront faits par rapport à ces différentes options. Ce panorama des sites producteurs d’information est prolongé  par  une  étude  des  acteurs   :  quotidiens, périodiques,  presse  audiovisuelle,  mais  aussi  les  sites relevant de ce que l’on peut appeler la « cyberpresse » où l’on  retrouve,  à  côté  d’initiatives  que  nous  qualifions d’« occasionnelles »,  ces  produits  inédits  que  sont  les magazines  (exclusivement)  électroniques  ou  encore  les portails. 1. TROIS QUESTIONS PRÉALABLES 1.1. Quelle régulation ? La base de données que nous avons établie sur les four- nisseurs d’information en ligne au Liban a pris, au terme de notre enquête, une ampleur imprévue. À l’issue de nos recherches, ce sont plus de cent soixante adresses diffé- rentes qu’il nous a été possible de repérer. Mais l’image qui se dessine ainsi – au printemps de l’année 2001 – n’en demeure pas moins en partie floue car le nombre des adres- ses ne correspond pas exactement à celui des organes d’in- formation présents sur le réseau. Outre le problème des constantes créations et disparitions, une autre difficulté tient au fait que certaines adresses, comme on le verra, peuvent  réunir  différentes  publications.  Certes,  il  peut s’agir seulement de « vitrines » dénuées de tout contenu mais on trouve aussi de vraies publications, par exemple, sur le site Druzenet [47]1, un mensuel bilingue ayant pi- gnon sur rue, El-Doha, ainsi qu’un magazine électroni- que, Adam, même s’il est encore en projet. Cette différence entre la trentaine de sites générale- ment identifiés comme médias en ligne et les quelque cent soixante adresses que nous avons nous-même reconnues s’explique  en  partie  par  la  rapidité  des  changements  à l’œuvre dans l’univers des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication). Ainsi, de très nombreux projets ont été abandonnés sitôt lancés, en dé- pit de l’ampleur des moyens parfois investis2 ; d’autres demeurent à l’écart des évolutions, figés sur des solutions techniques et des choix économiques sans rapport avec les possibilités actuelles. Plus d’une revue se contente aussi ESSAI DE CARTOGRAPHIE DE LINFORMATION SUR INTERNET AU LIBAN Yves GONZALEZ-QUIJANO 1 - Les chiffres entre crochets renvoient à la liste des sites présentés à la suite de ce texte. 2 - Parmi d’autres exemples de mises en sommeil étonnantes, compte tenu des investissements consentis, celle du quotidien  Nida al-Watan [60] qui n’est pas allé au-delà de quelques numéros sur le Net, en dépit d’un site techniquement développé (utilisation de full-text par exemple, maquette propre à la publication en ligne, etc.).